En quelques kilomètres seulement, le Tour des Dents d'Oddaz vous fait passer des alpages paisibles du Haut-Giffre à un univers minéral et sauvage. Cette boucle de 19,5 km pour 1750 m de dénivelé, au départ des Allamands au-dessus de Samoëns, passe par le spectaculaire Pas au Taureau et deux refuges chaleureux, ceux de Bostan et du Folly.
En cette fin août 2026, on en a fait un mini-trek de 3 jours à trois : moi Joran et mes potes Roman et Benjamin qui, lui, nous a rejoints en cours de route (il a bouclé le tour en 2 jours). Au menu : pluie, orages, un renoncement assumé, des bouquetins et cette belle ascension du Pas au Taureau.
Dans cet article, je vous partage le récit de notre aventure, mes conseils pratiques et notre itinéraire pour préparer votre propre Tour des Dents d'Oddaz.
Notre Tour des Dents d'Oddaz en vidéo
Fiche technique du Tour des Dents d'Oddaz
- Type : Boucle
- Départ et arrivée : Parking du Plan des Arches (au-dessus du hameau des Allamands à Samoëns)
- Durée : 1 à 3 jours
- Distance : 19,5 km
- Dénivelé : + 1750 m / − 1750 m
- Difficulté : Difficile — T3
- Point culminant : Pas au Taureau (2555 m)
- Carte IGN : IGN TOP 25 3530ET – Samoëns / Haut-Giffre
- Balisage : Rouge et jaune (GRP Tour des Dents Blanches) et rouge et blanc (GR5). Panneaux indicatifs clairs.
- Période conseillée : de mi-juillet aux premières neiges une fois la neige fondue au Pas au Taureau (versant Nord).
J'utilise Outdooractive pour planifier et suivre mon itinéraire sur le terrain.
Informations pratiques pour réaliser le Tour des Dents d'Oddaz
Accès et transport
Transports en commun : Gare SNCF de Cluses, puis bus ligne Y94 (horaires sur le site www.laregionvoustransporte.fr) jusqu'à Samoëns. L'été et l'hiver, les Navettes du Giffre permettent de se déplacer facilement dans la vallée du Giffre et de se rendre au départ de la randonnée aux Allamands. Plus d'infos en cliquant ici. Il est aussi possible de partir à pied depuis Samoëns !
Accès routier : Samoëns est à 1 h de Genève, 1 h d'Annecy et 2 h 30 de Lyon.
Parking conseillé : Parking du Plan des Arches, au-dessus du hameau des Allamands (suivre la route des Allamands jusqu'au bout).
Départ de la rando : depuis le parking, on prend la piste interdite aux véhicules à moteur (sauf gardiens et alpagistes) qui grimpe à travers la forêt en direction du refuge de Bostan.
Réglementation sur le Tour des Dents d'Oddaz
Une partie de l'itinéraire passe par la réserve naturelle de Sixt-Fer-à-Cheval / Passy, la plus vaste réserve de Haute-Savoie. C'est donc la réglementation en vigueur :
Réglementation dans la réserve naturelle de Sixt-Fer-à-Cheval / Passy

- Les chiens, même tenus en laisse, sont interdits
- Il est interdit de cueillir et de prélever des plantes, des minéraux et des fossiles
- Les déchets doivent être ramassés
- Les feux ne sont pas autorisés
- Le bivouac est toléré de 19 h à 9 h, mais il est interdit de poser sa tente en dehors de ces horaires ou sur plusieurs jours
- Les véhicules à moteur ne sont pas autorisés
- Il est interdit de réaliser des survols à moins de 300 m du sol (drones, parapente…)
Et même en dehors de la réserve, la règle reste la même : on respecte la montagne, la faune, la flore et les lieux, et on ne laisse aucune trace de son passage.
Quand partir sur le Tour des Dents d'Oddaz ?
La bonne fenêtre s'étale de mi-juillet aux premières neiges, quand le Pas au Taureau est déneigé. Avant, il reste souvent de la neige et de la glace sur ce passage, ce qui le rend dangereux. En effet, le Pas au Taureau est exposé Nord donc il met plus de temps à fondre. Nous y étions fin août, avec des conditions de terrain idéales.
Le mieux, comme toujours, est de demander à l'office de tourisme ou aux refuges comment sont les conditions avant de partir.
Où dormir sur le Tour des Dents d'Oddaz ?
Dormir en refuge sur le Tour des Dents d'Oddaz
On peut couper la boucle grâce à deux refuges gardés : le refuge de Bostan (1763 m) et le refuge du Folly (1556 m). C'est l'option légère et confortable : un vrai lit, un bon repas chaud et l'ambiance conviviale des tablées de refuge. Pensez à réserver à l'avance.
👉 Lire aussi : Le refuge de montagne : mode d'emploi
Dormir en bivouac sur le Tour des Dents d'Oddaz
Le bivouac est l'autre option, celle que j'adore et qui offre le plus de liberté. Il est toléré uniquement de 19 h à 9 h.
Nous, on a choisi de dormir en tente à proximité des refuges : une nuit à côté de celui de Bostan, une autre à côté de celui du Folly avec repas du soir et petit déjeuner. Le meilleur des deux mondes ☺️

Eau et ravitaillement
💧 Point de vigilance eau : C'est le sujet à anticiper sur cette boucle. En cet été 2026 marqué par la sécheresse, il n'y avait tout simplement pas d'eau propre sur le parcours : la source du refuge de Bostan était tarie, et les rares points d'eau croisés ne charriaient plus que de l'eau stagnante. On a donc dû acheter des bouteilles de Cristalline au refuge de Bostan pour remplir toutes nos gourdes en vue de la 2ème journée de marche. Bonne nouvelle en revanche : au refuge du Folly, il y avait de l'eau.
Malgré tout, je conseille toujours de partir avec une gourde filtrante : dès que vous croisez un torrent, une source ou un ruisseau qui coule, faites le plein. On ne sait jamais quand la prochaine occasion se présentera, et par forte chaleur, ça part vite. La règle d'or : remplir dès qu'on peut, sans attendre d'être à sec.

Côté ravitaillement, faites vos courses à Samoëns avant de partir : sur le parcours, à part les repas pris aux refuges, il n'y a rien.
Pas au Taureau : ça fait peur ?
Vu d'en bas, le Pas au Taureau (2555 m) impressionne : une montée raide dans un pierrier aux cailloux roulants, puis une cheminée finale équipée de câbles. Mais rassurez-vous, ce n'est pas de l'alpinisme. À la montée, avec un rythme régulier, le pierrier et la cheminée passent bien, c'est même un passage ludique et grisant, l'un des grands moments de la boucle !
Il faut tout de même avoir conscience que le passage est aérien et technique : les personnes vraiment sujettes au vertige peuvent s'y sentir mal à l'aise. Vous pouvez, pourquoi pas, partir avec du matériel de via ferrata pour vous sécuriser aux câbles.
Deux conseils pour l'aborder sereinement :
- Choisissez le bon sens : faites la boucle Bostan → Folly, comme nous. Vous montez ainsi le passage câblé au lieu de le descendre à reculons, c'est plus sûr et plus facile.
- Partez tard en saison, une fois la neige totalement disparue. Enneigé, le Pas au Taureau devient réellement dangereux.


Mon matériel pour le Tour des Dents d'Oddaz en 3 jours
Voici tout ce que j'avais dans le sac pour ce mini-trek estival de 3 jours en bivouac. Les poids détaillés, item par item, sont sur ma liste LighterPack.
⛰️ Voir ma liste LighterPack complète
💡 On dormait à deux sous la même tente, la Big Agnes Copper Spur UL3 XL. Pour se partager le poids, Roman portait les arceaux et moi le reste de la tente.
Certains liens sont affiliés : si vous passez par eux, ça ne change rien à votre prix et ça soutient le blog. Merci !
Jour 1 : des Allamands au refuge de Bostan, après la pluie
Un départ tardif après une journée de pluie
On est vendredi 21 août, et il a plu toute la journée. La veille, en scrutant la météo, on avait repéré une accalmie annoncée vers 16 h. Il est donc pile 16 h quand on claque les portières au parking du Plan des Arches pour lancer ce mini-trek improvisé sur le week-end. Au programme du jour, du tout doux : environ 650 m de dénivelé sur la piste qui grimpe tranquillement vers le refuge de Bostan. De quoi se mettre en jambes sans forcer.
À ce stade, on est deux : moi et Roman. Benjamin, lui, nous rejoindra demain matin directement au refuge.
💡 Les Dents d'Oddaz, c'est quoi ?
Les Dents d'Oddaz sont une crête rocheuse du Haut-Giffre qui domine le vallon de Bostan, au-dessus de Samoëns. Ces falaises calcaires se rattachent, par la Corne au Taureau (2630m), à la grande crête des Dents Blanches, à cheval sur la frontière franco-suisse. C'est à elles que notre boucle doit son nom.

Une montée en forêt jusqu'aux alpages
La plus grande partie de la montée se fait dans la forêt de Bostan, et c'est bien agréable. Après une journée entière de pluie, le soleil finit par percer entre les nuages, et il n'y a absolument personne sur le sentier. Le bon côté d'une météo pourrie. Le sol est encore détrempé, mais on avance à un rythme régulier, en discutant, sans se presser.
Puis on passe au-dessus des derniers sapins. On débouche dans les alpages, on entend déjà les cloches des vaches, et le paysage s'ouvre enfin. Le refuge de Bostan apparaît juste après avoir observé une famille de marmottes. On y est.




Bivouac au refuge de Bostan
L'accueil au refuge est chaleureux. Il n'y a pas grand monde ce soir, et on se rend vite compte qu'on est les seuls à planter la tente en cette fin août. On boit un coup puis on monte la tente à côté du refuge. On mange ensuite nos repas lyophilisés, et on file se coucher, contents de cette petite mise en jambes. On est déjà en montagne, prêts pour la grosse journée du lendemain.
💧 Attention à l'eau : cette fin d'été 2026 est tellement sèche que la source du refuge est tarie. Impossible de faire le plein sur place. On achète donc des bouteilles de Cristalline au refuge pour remplir toutes nos gourdes en prévision de la longue étape du lendemain.
La nuit, elle, sera loin d'être reposante : un orage éclate et nous réveille sous la pluie. Malgré tout, on émerge vers 6 h 30, un peu embrumés mais impatients d'attaquer la journée qui nous attend.


Jour 2 : Du refuge de Bostan au refuge du Folly par le Pas au Taureau
Retrouvailles avec Benjamin et montée au Col de Bostan
Petit-déj et café tranquille, le temps de plier le camp. On est prêts à partir vers 8 h 30… et c'est là qu'on voit débarquer Benjamin ! Parti du parking du Plan des Arches au petit matin, il vient d'avaler d'une traite ses 600 m de dénivelé pour nous rejoindre. Un dernier café ensemble, et nous voilà tous les trois en route vers le Col de Bostan.
On grimpe en plein cœur des alpages, dans une verdure généreuse. On croise le petit Lac des Verdets qui fait peine à voir en cette année de sécheresse, mais la montée reste super agréable. Arrivés au col, qui marque la frontière franco-suisse, la vue bascule de l'autre côté et le spectacle nous cueille. D'ici, le regard plonge vers le Valais et les majestueuses Dents du Midi (3257m). Juste au-dessus de nous se dresse la Tête de Bostan (2406 m) et, de l'autre côté, la caillasse est surplombé par la Corne au Taureau (2630m) et la Pointe de la Golette (2638m).




Ascension de la Dent Blanche Occidentale… avortée
Un peu après le col, en direction du Pas au Taureau, on s'arrête casser la croûte. On regarde au loin des randonneurs voulant atteindre la Tête de Bostan faire demi-tour face à un patou très protecteur...
💡Les Patous sont des chiens de protection de troupeaux. Ils sont maousses et peuvent impressionner. 👉 Si vous ne savez pas comment réagir face à un Patou, c'est expliqué ici.
En préparant l'itinéraire, on avait aussi coché un petit bonus : la Dent Blanche Occidentale (2709 m). On s'était dit que si on avait encore les jambes, on se laisserait bien tenter par ce sommet voisin. Et justement, l'envie est là, alors let's go !
On entre alors dans un univers totalement minéral et on suit les cairns pour s'orienter. Jusque-là, le terrain se laisse gravir sans trop de souci… mais c'est la dernière rampe orienté W qui nous arrête. Elle affiche un petit 40°, avec un pierrier franchement pourri : les cailloux roulent sous les pieds et rien n'est stable. Avec le recul, on aurait sans doute mieux fait de monter à droite, sur les gradins rocheux, plus francs et plus sûrs que ce pierrier fuyant. Et pourtant, cette impressionnante rampe finale qui mène au sommet nous attire : plus on monte, plus le sommet semble s'éloigner mais plus on a envie d'y monter !



C'est justement là qu'il faut garder la tête froide. Car si la montée nous aspire, c'est la descente qui nous refroidit : dans ces conditions, sur ce pierrier instable, elle nous paraît trop délicate pour aujourd'hui. On se concerte, et la décision se prend en groupe : on fait demi-tour.
Savoir renoncer. Ce n'est jamais la partie la plus fun à écrire, mais c'est une des bases de la montagne : on a préféré redescendre. Le sommet, lui, ne bouge pas. et on reviendra le chercher un autre jour. Aucun regret, juste le bon réflexe, et une décision prise ensemble.
Montée du Pas au Taureau
Retour à l'intersection qui mène au Pas au Taureau, on boit un coup et on attaque les 300 m de montée bien raide vers le Pas au Taureau. Vu d'en bas, ça impressionne. Une fois dedans, on cale un rythme régulier et, franchement, ça passe tout seul. Sur la dernière section, des câbles sont là pour nous aider à nous hisser dans la cheminée.
À la montée, ce passage est un régal : ludique, aérien, grisant, l'un des grands moments de la boucle. Et là-haut, au sommet du pas, le panorama explose : le lac de la Vogealle, les Dents Blanches, et les montagnes du Bout du Monde avec le Grand Mont Ruan (3057m) dans les nuages. On en prend plein les yeux !
On prend le temps de discuter avec un traileur croisé plus tôt, super sympa, pendant qu'une famille de bouquetins évolue sur la crête à notre gauche. Impressionnants de tranquillité.
💡 Bouquetin ou chamois ? On les confond souvent : pour apprendre à les reconnaitre, je vous invite à lire cet article : Bouquetin ou chamois : quelles différences ?






Retour en terrain connu : la Combe aux Puaires
On bascule ensuite sur un sentier un peu raide jusqu'au col de la Pointe Droite. Puis, on remonte justement jusqu'au sommet de cette Pointe Droite (2503m) avec un très belle vue sur la combe de Praz Riant et sur la combe aux Puaires. On suit alors le sentier balisé jaune et rouge en direction du refuge du Folly.
💡 Le saviez-vous ? « Puaires » vient du patois savoyard et désigne les… cochons ! La Combe aux Puaires, c'est donc littéralement la « combe aux cochons ».


Et là, petit clin d'œil : je connais déjà l'endroit ! Lors de notre Tour du Haut-Giffre en 5 jours, le Pas au Taureau encore enneigé nous était passé sous le nez et on avait dû basculer par ici. Cette fois, la boucle est bouclée !
C'est un coin que j'adore : c'est sauvage, on n'y croise personne à part les bouquetins et les chamois. La descente traverse de grands champs de lapiaz, ces dalles de calcaire que l'eau creuse en profondes rainures. Petit à petit, on quitte le monde minéral pour retrouver l'herbe, puis les arbres : après avoir arpenté le Mordor, on redescend enfin vers la Comté 😅



Bière méritée et bonne soirée au refuge du Folly
Au total, la journée compte un bon millier de mètres de descente, et la fatigue commence à se faire sentir. Forcément, on pense (beaucoup) à la bière qui nous attend en bas. Et après cette longue descente, on arrive enfin au refuge du Folly !
Comme on avait réservé le repas du soir, on profite d'abord d'une petite planche apéro en terrasse. Au menu ce soir-là : soupe, sauté de porc au vin blanc et ses petites carottes servi avec du riz, et une crème caramel en dessert. Un vrai régal, partagé avec les autres randonneurs de passage au refuge. Convivialité assurée !
La soirée est fraîche, ça fait du bien après cet été caniculaire. On traîne un peu dehors pour admirer le coucher de soleil, puis on file se glisser sous la tente, plantée en contrebas du refuge.


Jour 3 : du refuge du Folly aux Allamands par la dalle du Tuet
Une descente ludique pour boucler le week-end
Réveil à 6 h 30, puis petit-déjeuner à 7 h 30 à l'intérieur du refuge : café, bon gâteau, céréales, jus d'orange… tout ce qu'il faut pour se remettre en route du bon pied. On replie une dernière fois le bivouac et on se met en marche vers les Allamands.
Aujourd'hui, ce n'est pas vraiment une journée de rando : c'est la redescente en vallée pour clôturer le week-end, avec seulement 1 h 30 à 2 h de marche. On prend la direction de la dalle du Tuet, où l'on croise quelques grimpeurs accrochés à la paroi, de quoi me donner envie de me remettre à l'escalade ! Le sentier est un peu joueur, équipé de mains courantes pour se tenir dans les passages un peu raides, et la vue sur Samoëns, en contrebas, est superbe.
On rejoint assez vite le hameau des Allamands, puis on remonte la petite route jusqu'au parking du Plan des Arches. Une matinée toute simple pour terminer l'aventure, et chacun repart de son côté, la tête encore là-haut 🏔️




Bilan du Tour des Dents d'Oddaz en 3 jours
Quel beau week-end en montagne ! On en revient des étoiles plein les yeux, avec surtout cette journée du samedi vraiment incroyable : un peu de challenge, des paysages grandioses, de beaux sentiers et cette bonne dose de sauvage. Exactement ce qu'on venait chercher.
Ce qu'on retient de ce mini-trek :
- La diversité des ambiances : passer des alpages paisibles à l'univers minéral en quelques heures.
- Le Pas au Taureau qui apporte ce petit grain d'aventure.
- Le côté sauvage de la Combe aux Puaires.
- Les deux refuges, chaleureux, parfaits pour couper la boucle et se restaurer.
- Le demi-tour sous la Dent Blanche Occidentale : dommage, ça sera pour une autre fois !
Bref, une aventure toute simple mais ressourçante, de celles qui font un bien fou. Ça fait du bien de couper, de se retrouver entre amis en pleine nature, loin de tout. Et on repart déjà avec une idée en tête : revenir chercher ce sommet qui nous a filé entre les doigts. 😉
Trois semaines plus tard, je repartais d'ailleurs pour un autre mini-trek dans les Aravis le temps d'un weekend, en solo cette fois, avec deux bivouacs face au Mont-Blanc.

