Des combes sauvages où l'on cherche son chemin, de magnifiques bivouacs, un col raide et accidenté… et le Mont-Blanc en toile de fond. Voilà mon Tour de la Pointe Percée, une boucle de 43 km et 3400 m de dénivelé au départ des Confins, au-dessus de La Clusaz, dans les Aravis.
Du 11 au 13 septembre 2026, je l'ai parcouru seul et en bivouac, en passant par le Trou de la Mouche et le redoutable col de la Forclaz. Dans cet article, je vous partage la vidéo, mon récit, mes conseils pratiques et mon itinéraire.
⚠️ Itinéraire parfois compliqué, réservé aux randonneurs aguerris : portions hors sentier, pierriers raides, un court passage exposé, pour une difficulté cotée T4. Pied sûr et sens de l'orientation demandés !
Mon Tour de la Pointe Percée en vidéo
La vidéo youtube
Les Aravis, c'est quoi, c'est où ?
La chaîne des Aravis est un massif calcaire des Préalpes du Nord, en Haute-Savoie. Elle s'étire sur environ 35 km, de Cluses au nord jusqu'à Ugine au sud, entre le lac d'Annecy et la vallée de l'Arve. Son point culminant est la Pointe Percée (2750 m), qui doit son nom à un trou dans la roche près de son sommet. Côté ouest, la chaîne est découpée en une série de combes sauvages, des vallons suspendus qui montent jusqu'à la crête. Côté Est, elle forme une immense muraille face au Mont-Blanc. Si vous connaissez les Aravis surtout pour le ski à La Clusaz ou au Grand-Bornand, vous allez découvrir ici leur visage le plus sauvage.

Fiche technique du Tour de la Pointe Percée
- Type : Boucle
- Départ et arrivée : Parking des Confins, La Clusaz (Haute-Savoie)
- Durée : 3 jours
- Distance : 43 km
- Dénivelé : + 3400 m / − 3400 m
- Difficulté : Difficile — T4
- Carte IGN : IGN TOP 25 3430ET – La Clusaz / Le Grand-Bornand
- Balisage : pas de balisage dédié, trace personnelle, sentiers peu visibles par moment, certains passages hors sentiers.
- Période conseillée : de juillet aux premières neiges (attention aux névés tardifs)
J'utilise Outdooractive pour tracer mon itinéraire et m'orienter pendant mes treks.
L'itinéraire suivant est celui que j'ai emprunté lors de mon Tour de la Pointe Percée en 3 jours :
Informations pratiques pour réaliser le Tour de la Pointe Percée
Accès et transport
Transports en commun : Gare SNCF d'Annecy, puis car ligne Y62/Y63 Annecy – La Clusaz – Le Grand-Bornand. En été, les navettes Aravisbus sont gratuites et desservent certains départs de randonnée. Hors saison, il faudra rejoindre les Confins à pied, en taxi ou en stop.
Accès routier : La Clusaz se trouve à environ 30 km d'Annecy. Depuis la vallée de l'Arve, on prend l'A40 et on sort à Bonneville, à une vingtaine de kilomètres.
Parking conseillé : parking des Confins, tout au bout de la vallée des Confins, au-dessus de La Clusaz. Il est gratuit et assez grand.
Réglementation sur le Tour de la Pointe Percée
Une bonne partie de l'itinéraire traverse le site Natura 2000 « Les Aravis », qui couvre la haute chaîne jusqu'au sommet de la Pointe Percée. Ce classement protège les milieux naturels et les espèces fragiles. Soyez donc particulièrement respectueux des lieux.
- Bivouac : toléré de 19h à 9h mais il est interdit de poser sa tente en dehors de ces horaires ou sur plusieurs jours
- Arrêtés : renseignez-vous en mairie ou à l'office de tourisme avant de partir. Un arrêté municipal ou préfectoral peut interdire le bivouac par exemple.
- Près des refuges : il est possible de planter la tente à proximité, avec l'accord des gardiens et selon les places disponibles.
- Les feux ne sont pas autorisés
- Les déchets doivent être ramassés, y compris les déchets organiques
- Il est interdit de cueillir et de prélever des plantes, des minéraux et des fossiles
Nous évoluons en nature, la règle reste la même partout : on respecte la montagne, la faune, la flore, les lieux et les autres usagers de la montagne et on ne laisse aucune trace de son passage.
👉 Lire aussi : La réglementation du bivouac en France
Quand partir sur le Tour de la Pointe Percée ?
La bonne fenêtre va de juillet à aux premières neiges, une fois les combes et les passages raides déneigés. En début de saison, des névés peuvent subsister et rendre certains passages dangereux.
J'y étais mi-septembre, et c'était une super période : peu de monde, des lumières magnifiques et des bivouacs au calme. En contrepartie, les nuits sont fraîches et, après un été sec, l'eau se fait plus rare.
Comme toujours, demandez les conditions à l'office de tourisme ou aux refuges avant de partir.
Balisage et orientation
Ce Tour de la Pointe Percée est une boucle que j'ai créée moi-même. Ce n'est pas un itinéraire officiel, ni un chemin balisé de bout en bout comme un GR ou un tour connu. Je suis passé par des sentiers balisés, des sentes plus discrètes et quelques passages hors sentier. L'itinéraire demande donc de la vigilance, une bonne capacité d'orientation et l'habitude de lire une carte et le terrain.
Le dernier jour, on suit le GR96 puis le GR de Pays Tournette-Aravis.

👌 Mon conseil : Préparez l'itinéraire en amont. Étudiez bien la carte IGN et les topos des passages délicats, sur Camptocamp par exemple. Repérez aussi les itinéraires de repli et les variantes si vous ne voulez pas franchir certains passages.
Où dormir sur le Tour de la Pointe Percée ?
En bivouac
C'est l'option que j'ai choisie, et je ne regrette pas : mes deux spots étaient magiques, face au Mont-Blanc. Il y a pas mal de possibilités pour trouver un endroit où poser la tente sur ce tracé. Pour les règles à respecter, reportez-vous à la partie réglementation.

En refuge
Trois refuges jalonnent la boucle : le refuge de Doran, la le refuge de la Pointe Percée (Gramusset) et le refuge de la Bombardellaz. Ils ne tombent pas pile en fin d'étape par rapport à mon découpage : si vous voulez dormir en refuge, il faudra adapter les étapes. Il est généralement possible de planter la tente près des refuges, avec l'accord des gardiens et selon les places disponibles.
👉 Lire aussi : Tout savoir sur les refuges de montagne
Eau et ravitaillement
💧Eau sur le tracé
L'eau, c'est un point de vigilance dans les Aravis. Dans les combes côté ouest, il n'y a quasiment rien. Côté est, on trouve quelques ruisseaux et sources dans les alpages, mais leur débit dépend de la saison. Voici les points d'eau que j'ai trouvés mi-septembre 2026, après un été caniculaire et sec. Pour trouver les points d'eau je vous conseille de consulter ce site : refuges.info.

| Jour | Point d'eau | Mon retour (septembre 2026) |
|---|---|---|
| Jour 1 | Au départ des Confins | Partez avec vos gourdes pleines, il n'y a pas d'eau dans les combes. |
| Jour 1 | Lac de Tardevant | Hors itinéraire Seule eau des combes côté ouest, en contrebas de mon passage. Je n'y suis pas descendu. |
| Jour 1 | Ruisseau des Fours | Ravitaillement en eau facile, proche du lieu de bivouac. |
| Jour 2 | Doran | Faites le plein Près du refuge et des chalets de Doran. Faites bien le plein, car il n'y a plus d'eau ensuite jusqu'aux chalets de Vormy. |
| Jour 2 | Chalets de Vormy | Aller-retour pour avoir de l'eau pour le bivouac et le lendemain matin. |
| Jour 3 | Combe Marto | Source. |
| Jour 3 | Col des Annes | Possibilité de trouver de l'eau dans les restaurants. |
| Jour 3 | Refuge de la Pointe Percée (Gramusset) | Possibilité de demander ou d'acheter de l'eau pendant les périodes de gardiennage. |
| Jour 3 | Le Planet | Source. |
| Jour 3 | Refuge de la Bombardellaz | Possibilité de demander ou d'acheter de l'eau pendant les périodes de gardiennage. |
🍌 Ravitaillement
Il n'y a aucun commerce sur le parcours : prévoyez de la nourriture pour 3 jours d'autonomie.
Le seul vrai point de ravitaillement est l'alpage de Doran, au jour 2. Le refuge sert une cuisine maison avec un plat du jour, et propose aussi des pique-niques à emporter. Juste à côté, l'alpage du Fresnay vend son fromage de mi-juin à mi-septembre 🧀

Le jour 3, vous pouvez aussi manger ou boire un verre aux refuges de la Pointe Percée et de la Bombardellaz ou dans les restaurants du col des Annes.
Les passages délicats : ça fait peur ?
Voici les passages qui demandent un peu plus d'attention, dans l'ordre du parcours :
- La montée finale au Trou de la Mouche : les derniers mètres sont raides, mais pas exposés. En faisant attention, ça passe bien.
- Passage de la combe de Paccaly à la Combe de Tardevant : portion hors sentier, sur une sente dans un pierrier, avec quelques cairns. La fin est raide, mais c'est stable et ça passe facilement (il faut viser le collet vers 2395 m sur la carte). De l'autre côté, dans la combe de Tardevant, une vire de quelques mètres se descend à l'aide d'une corde fixe bien utile car ce passage est exposé.
- Le passage de la Grande Forclaz : raide, mais pas vraiment difficile en faisant attention.
- La montée au col de la Forclaz : c'est un gros morceau. 900 m de dénivelé depuis Doran, sur un sentier qui file droit dans la pente. Les 400 derniers mètres se font dans un pierrier. Quand il devient vraiment pénible, sur les 150 derniers mètres, il faut se rapprocher au maximum de la paroi en rive gauche (à droite en montant) où les rochers sont plus stables. À une trentaine de mètres du col, on voit un « K » peint sur la paroi, toujours du même côté, et il faut se diriger vers lui. Un câble nous aide à franchir les tout derniers mètres. Le pierrier est franchement pourri et bien raide, je me suis mis à 4 pattes pour le franchir plus facilement et rejoindre le "K".
- Du col de l'Oulettaz au refuge de la Pointe Percée : on traverse des lapiaz, avec quelques passages où il faut poser les mains. C'est plus ludique que difficile.

Passage de la Grande Forclaz

Col de la Forclaz
Mon matériel pour le Tour de la Pointe Percée
Pour ce mini-trek de 3 jours en autonomie, mon poids de base (sans eau, nourriture ni gaz) était d'environ 6 kg. Voici la liste complète de mon matériel :
⛰️ Voir ma liste LighterPack complète
Certains liens sont affiliés : si vous passez par eux, ça ne change rien à votre prix et ça soutient le blog. Merci !

Récit : trek de 3 jours dans les Aravis
Trois jours en solo, deux bivouacs face au Mont-Blanc, des combes sauvages… et un col qui m'a mis à rude épreuve. C'est parti pour le récit de mon Tour de la Pointe Percée, jour après jour !
Jour 1 : des Confins aux Fours par le Trou de la Mouche
Montée par la combe du Grand Crêt : un kilomètre vertical
Vendredi 11 septembre, 14 h, parking des Confins. Le sac est bouclé, et c'est parti pour trois jours de trek dans les Aravis ! Je suis déjà venu plusieurs fois dans ce massif, mais je n'ai jamais exploré ses hautes combes. J'ai hâte.
Pas le temps de s'échauffer : je monte directement dans la combe du Grand Crêt, avec 1000 m de dénivelé qui m'attendent en une poignée de kilomètres. Ça grimpe sec, alors je prends mon temps. Le sentier n'est pas vraiment balisé, mais il n'y a qu'un seul chemin évident, impossible de se perdre. La combe est superbe, et petit détail amusant : tout au long de la montée, je vois le parking où j'ai laissé la voiture, tout en bas. Un vrai kilomètre vertical !


Les derniers hectomètres sont raides, mais rien d'exposé, ça passe sans encombre. J'arrive enfin au Trou de la Mouche… la tête dans les nuages ! Le brouillard me prive de la vue espérée, mais pas grave : je suis content d'être là, sur ce spot emblématique de la Haute-Savoie. Quelques randonneurs font une pause, j'en ai croisé d'autres pendant la montée.
💡 Le Trou de la Mouche, c'est quoi ?
C'est une arche naturelle creusée dans le calcaire, à 2453 m d'altitude. Elle relie la combe du Grand Crêt et la combe de Paccaly. Le secteur fait partie du site Natura 2000 des Aravis. C'est un endroit emblématique des Aravis et de la Haute-Savoie.


Du Trou de la Mouche à la Combe de Tardevant
Je passe l'arche et je bascule dans la combe de Paccaly. Après une cinquantaine de mètres de descente, un petit passage raide m'attend, avec quelques dalles à franchir. Franchement, ça passe tranquillement. Je retrouve ensuite un sentier bien marqué jusqu'au passage du Père.
Ici, je quitte le sentier pour rejoindre la combe voisine, la combe de Tardevant. J'avais bien étudié les topos avant de partir et juste après le passage du Père, j'aperçois une sente qui part largement sur la droite dans un pierrier. Au premier abord, il n'a pas l'air très sympathique… mais finalement ça passe très bien. Je suis une sorte de petite vire bien marquée, et j'aperçois déjà la brèche où je dois passer. Un cairn me confirme que je suis sur la bonne route. La dernière montée vers le collet est un peu plus raide, mais le caillou est bon et je monte assez facilement. C'est un peu technique, certes, mais sans danger car rien n'est exposé. Là-haut, je prends le temps de contempler le paysage, même si les nuages sont toujours là.



Je bascule dans la combe de Tardevant en empruntant une sente qui longe la paroi. Au bout de 20 ou 30 mètres, un court passage raide et exposé m'attend : une petite paroi d'une dizaine de mètres en contrebas. En gros, pas le droit de tomber ! Heureusement, une corde est installée pour faciliter la descente. Je range les bâtons dans le sac et je descends en m'aidant de la corde. Ça ne dure que quelques mètres, et une fois en bas, c'est bon. C'est le seul passage exposé de tout le tour. Ces passages de combes en combes sont grisant ! Quel plaisir d'être tout seul, là-haut, dans le sauvage !
Je traverse ensuite la combe de Tardevant dans un pierrier. Les nuages se lèvent un peu et j'aperçois le lac de Tardevant, un peu plus bas. Magnifique !



Pourquoi j'ai renoncé à la Pointe de Tardevant
Mon idée, c'était de remonter la combe jusqu'au sommet de la Pointe de Tardevant (2501 m). Arrivé au pied de la montée finale, je décide de renoncer, pour trois raisons :
- J'avoue, j'en ai plein les pattes !
- Le sommet est encore dans les nuages, pas sûr que la vue en vaille la peine.
- Il est déjà 18 h, et je dois encore basculer de l'autre côté de la chaîne pour trouver un spot de bivouac.
Le sommet ne va pas bouger, j'y reviendrai !
L'Ambrevetta et la Grande Forclaz : le Mont-Blanc en pleine face
Je bascule côté Est, et là, changement total d'ambiance : de ce côté, presque pas de nuages, et la vue sur le massif du Mont-Blanc est tout simplement incroyable, avec la lumière du soleil couchant. J'en prends plein les yeux !
Je monte rapidement au sommet de l'Ambrevetta (2463 m), puis je m'engage dans le passage de la Grande Forclaz. Il est un peu raide, mais pas vraiment difficile. La vue sur la chaîne des Aravis est splendide, et le coin est très sauvage : depuis le Trou de la Mouche, je n'ai croisé personne.




Chamois, eau et bivouac aux Fours
Je suis ensuite la crête pour descendre vers les Fours, un magnifique alpage un peu marécageux. Au loin, j'aperçois un petit lac, la Gouille des Fours. Cinq ou six chamois boivent dans le ruisseau et s'éloignent en m'entendant arriver. Un ruisseau, parfait : je vais pouvoir remplir mes gourdes, car je suis presque à sec !
💧 L'eau, le nerf de la guerre : il n'y a pas d'eau dans les combes des Aravis côté ouest. Seul le lac de Tardevant permet de se ravitailler, mais il est en contrebas de mon itinéraire. J'avais donc fait le plein avant de partir et repéré sur la carte le ruisseau des Fours. Malgré l'été caniculaire et sec de 2026, il coulait bien, et j'ai pu remplir mes gourdes sans problème.

Je traverse le plateau des Fours sous la lumière du soir, qui embrase les falaises des Aravis. J'adore ce coin, c'est un endroit apaisant, presque irréel… Je m'installe un peu après la Gouille des Fours, avec une vue superbe sur le Mont-Blanc. Il est déjà 19 h 30, alors je monte la tente rapidement, juste à temps pour le coucher de soleil. Le Mont-Blanc devient rose au fil des minutes, un spectacle exceptionnel !
Petite toilette de chat, puis j'enfile la doudoune, le bonnet, les gants et le tour de cou, car ça caille ce soir. Au menu : un plat lyophilisé, un peu de chocolat et des cacahuètes. Tout en bas, les lumières de Sallanches s'allument. À 21 h 30, je suis dans mon duvet avec mon bouquin. Bonne nuit !

Bilan du jour 1
Je suis très satisfait de cette première journée. Déjà, mon genou a tenu le coup, alors que je craignais d'avoir mal. Ensuite, j'ai vu des paysages magnifiques sur un itinéraire alpin, où il fallait parfois chercher son chemin sur des sentes et des vires non balisées. Il y a toujours une part d'inconnu quand on ne connaît pas les lieux, mais tous les passages sont passés tranquillement.
Attention quand même, ce n'est pas un itinéraire pour tous les randonneurs : il faut avoir le pied sûr, une bonne capacité d'orientation et l'habitude de la montagne.
J'ai croisé des chamois et quasiment aucun humain de la journée. Ce n'est pas que je n'aime pas les humains, hein, mais ça fait du bien d'être en immersion totale dans la nature ! Et en prime, un spot de bivouac magique face au Mont-Blanc. Que demander de plus ? ☺️

Jour 2 : des Fours à la Tête des Muets par le col de la Forclaz
Réveil givré, berger et Patous
7 h, réveil aux Fours. J'ouvre la tente… et tout est gelé autour de moi ! Je comprends mieux pourquoi j'ai eu un peu froid cette nuit : vers 4 h du matin, j'ai dû enfiler ma doudoune pour me réchauffer sous mon quilt. L'herbe est toute blanche. Heureusement, le soleil arrive. J'attends un peu au chaud dans la tente avant de sortir préparer le petit-déjeuner face au lever de soleil sur le Mont-Blanc. Magique.
Soudain, j'entends des cloches : un troupeau de brebis arrive vers moi, avec le berger au loin. Ses Patous viennent me dire bonjour à leur façon : ils aboient, mais restent à une centaine de mètres. Pas de panique, ils m'informent juste qu'ils sont là et que le troupeau est protégé. Le berger vient ensuite me voir, et on discute une dizaine de minutes des brebis et de l'alpage. Une belle rencontre de bon matin !
🐕 Patous : les bons réflexes : si un chien de protection vient vers vous, restez calme, arrêtez-vous et laissez-le vous identifier. Ne le caressez pas, ne le menacez pas avec vos bâtons, et contournez largement le troupeau. Pour en savoir plus, lisez mon article sur les Patous.



Bouquetins et col de Doran, au pied de la Pointe Percée
Je plie les affaires (la tente est un peu mouillée) et je me mets en route à 9 h. Je rejoins le sentier près de la cabane du berger. Des bouquetins m'observent déjà, un peu en hauteur. Le sentier s'élève ensuite et passe à côté de la cascade des Fours. Les jambes sont un peu lourdes ce matin, mais petit à petit, je grimpe. Je passe sous la Pointe Percée, au milieu de familles de bouquetins posées là à profiter du soleil.
J'arrive assez vite au col de Doran, juste sous la Pointe Percée. Je me tâte à monter au sommet… mais la journée va être longue. J'y reviendrai un autre jour ! Je descends donc vers l'alpage de Doran. De ce côté, il y a un peu plus de monde : beaucoup de randonneurs montent vers la Pointe Percée, et je suis le seul à descendre. La descente est rapide jusqu'à Doran.




Pause déjeuner à l'alpage de Doran
Il est midi quand j'arrive à Doran. Il y a un refuge et une ferme d'alpage où l'on peut acheter du fromage et du beurre. De mon côté, je fais le plein d'eau à la source (et je le fais bien, car il n'y a plus d'eau ensuite jusqu'aux chalets de Vormy). Je m'installe à côté de la petite chapelle de Doran pour manger. La vue sur la chaîne des Aravis est magnifique, dominée par la Pointe de Bellachat et la Pointe Percée. Quel bel endroit !
💡 Le saviez-vous ? La combe de Doran a été un site de réintroduction du gypaète barbu dans les années 2000. Avec un peu de chance, vous pourrez apercevoir ce grand vautour planer au-dessus des falaises.




La montée au col de la Forclaz : 900 m d'épreuve
Après le repas, place au gros morceau : le col de la Forclaz (2324 m). J'avais repéré ce passage sur la carte, il avait l'air raide et se terminait dans un pierrier… mais je ne savais pas encore à quoi m'attendre. Et je n'allais pas être déçu !
900 m de dénivelé m'attendent, sur un sentier qui file dré dans l'pentu ! Dès les premiers mètres, je ralentis : ce sont mes jambes et mon cœur qui dictent le rythme. Un effort pareil juste après manger, ce n'est pas l'idéal… Mais plus je monte, plus mes jambes répondent, et finalement je me sens plutôt bien. Devant moi, un couple monte aussi. À chaque fois, je crois que je vais les rattraper, mais la pente se redresse de plus en plus, et je ne les rattraperai jamais ! Derrière moi, la déco est toujours la même : le massif du Mont Blanc 😍


Puis arrive le pierrier. Les 200 derniers mètres sont vraiment pourris : les cailloux roulent sous les pieds, je fais deux pas en avant, un pas en arrière… Rien n'est stable, et c'est compliqué de trouver son itinéraire dans cette salade de cailloux ! Je comprends mieux pourquoi le couple devant moi avançait si doucement ! Je range les bâtons dans le sac pour pouvoir poser les mains. Sur la fin, je me décale vers la droite pour m'accrocher aux rochers solidaires de la paroi, c'est bien plus facile. Les derniers mètres se font presque en escalade, avec un câble pour aider.
J'arrive au col épuisé, physiquement et mentalement… mais c'est assez grisant ! Je suis euphorique, et bien claqué. Et pendant toute la montée, j'avais le Mont-Blanc dans le dos, splendide.
Clairement, je ne recommande pas ce passage à n'importe qui. Il est coté T4 sur Camptocamp : il faut avoir le pied sûr et montagnard, et savoir lire le terrain pour trouver son itinéraire, car ça peut faire peur.
Au col, je suis entouré par la Tête de la Forclaz (2434m) et la Pointe d'Areu (2478 m). Je fais une pause : je mange un bout, je bois un peu et je laisse retomber mes émotions.
💡 Variante pour éviter le col de la Forclaz : si vous ne le sentez pas, vous pouvez contourner le col depuis Doran en passant par les chalets de Mont Ferron, le passage du Saix et les chalets de Chérente. Attention, ce n'est pas une promenade non plus : des câbles sécurisent la traversée de ravines au niveau du Saix Noir.


Crêtes de la Tête du Château et de Champ Fleuri
Je bascule de l'autre côté, et quel bonheur de retrouver un peu de verdure et de douceur ! Les pentes sont beaucoup plus douces, le sentier bien plus simple, l'herbe plus verte. Fini le rocher !
Je longe la ligne de crête en passant par la Tête du Château (2288 m) puis Champ Fleuri, un deuxième sommet un peu plus bas. En contrebas, de superbes vallons baignent dans la lumière du soir. Deux parapentistes viennent même raser la crête : le spectacle est splendide ! Au loin, je reconnais tous les sommets de la Haute-Savoie que je connais bien, notamment ceux de la vallée du Giffre et du Chablais. Je prends beaucoup de plaisir sur ces quelques kilomètres.



Détour aux chalets de Vormy et bivouac sous la Tête des Muets
J'arrive rapidement à la Gueule à Vent. L'idée, c'est de trouver un spot de bivouac pour ce soir… mais je n'ai pas assez d'eau pour la soirée et le lendemain matin. J'avais repéré sur la carte les chalets de Vormy, des chalets d'alpage : je fais un aller-retour pour remplir mes gourdes.
Je remonte ensuite en direction de la Gueule à Vent et je m'installe sous la Tête des Muets, encore une fois face au Mont-Blanc. Le spot est parfait, il n'y a personne. Petite toilette de chat, je repose mes jambes et j'admire le coucher de soleil sur le Mont-Blanc. Juste en dessous, quelques marmottes s'activent, je les salue avant qu'elles aillent se coucher. La tente est montée à 19h30, et à 21h je suis au lit, juste au moment où le soleil disparaît.


Bilan du jour 2
Quelle grosse journée, avec 1300 m de dénivelé positif et encore plus en négatif ! J'en ai plein les jambes, et je suis content de me mettre au lit.
La matinée a été magique : les couleurs, le soleil, le vent sur l'alpage des Fours, et beaucoup d'animaux sauvages. Ça restera un super souvenir. La montée au col de la Forclaz a été une vraie épreuve, mais je suis très fier d'être arrivé là-haut et de m'être dépassé, physiquement et mentalement. Et la suite n'a été que du plaisir : j'ai retrouvé mes jambes sur les crêtes, et encore un spot de bivouac incroyable pour finir la journée.

Jour 3 : de la Tête des Muets aux Confins par le col des Annes
Réveil tout doux sous la Tête des Muets
Dernier jour ! Je me réveille à 7h, en même temps que le soleil. Encore une nuit un peu hachée : je me suis réveillé plein de fois. Pourtant, les conditions étaient bien plus clémentes que la veille : pas de gel, très peu de vent et d'humidité, et aucune condensation dans la tente ce matin.
Le réveil est donc tout doux. Il fait un peu frais, je prends mon petit-déjeuner, je replie mes affaires, et à 8 h 30 je me mets en marche. Au passage, je salue les marmottes de la veille et je leur conseille de bien manger : l'hiver arrive, il faut faire des réserves !


Sur le GR96, des alpages de Méry à la combe Marto
Je remonte à la Gueule à Vent et je bascule sur le GR96, balisé en blanc et rouge, que je vais suivre une bonne partie de la matinée. Au programme : presque que de la descente. Je longe les alpages de Méry, sous la Tête du Château. Le sentier est encore à l'ombre, il fait frais. Je croise des vaches, puis j'arrive assez vite à la combe Marto, où une source me permet de refaire le plein d'eau. De magnifiques chevaux broutent tranquillement, ils ont l'air très heureux dans ce bel endroit !


Col des Annes ou col de l'Oulettaz ? Mon choix
Toujours sur le GR96, j'arrive à un embranchement. Deux options : monter directement au col de l'Oulettaz par une combe qui a l'air bien raide, ou faire un petit détour par le col des Annes. Après la montée d'hier, je choisis le détour : quelques kilomètres de plus, mais des pentes plus douces. Mes jambes me remercient !


Sur le GR de Pays Tournette-Aravis : retour à la civilisation
Au col des Annes, changement d'ambiance : il y a beaucoup de monde. Normal, on est dimanche et il fait grand beau ! J'emprunte le GR de Pays Tournette-Aravis, balisé en jaune et rouge, qui monte à la Tête des Annes, puis à la pointe des Delevrets. Le sentier est magnifique, mais ça me fait bizarre de recroiser autant de randonneurs après deux jours dans des coins aussi sauvages.
J'arrive rapidement au col de l'Oulettaz et je continue sur le GRP, jusque juste en dessous du refuge de la Pointe Percée, aussi appelé refuge Gramusset. Ce tronçon est vraiment amusant : on passe dans les lapiaz, avec quelques passages où il faut poser les mains. Même avec du monde, c'est un très beau sentier.

💡 Un lapiaz, c'est quoi ? Ce sont des dalles de calcaire creusées de rainures et de fissures par l'eau de pluie, qui dissout peu à peu la roche. J'en avais déjà croisé pas mal dans le Haut-Giffre, notamment lors de mon Tour des Fiz, en traversant le désert de Platé, l'un des plus vastes lapiaz d'Europe.

Pause au Planet et refuge de la Bombardellaz
J'entame ensuite une belle descente jusqu'au Planet, où une source permet de se ravitailler en eau. C'est l'heure de la pause déjeuner : tortilla, saucisson et fromage, le combo gagnant !
Plus que 2 h 30 de marche cet après-midi. Le sentier est plutôt simple et descendant, avec une dernière petite montée jusqu'au refuge de la Bombardellaz. En chemin, la vue est superbe sur les Aravis, le mont Lachat et toutes les montagnes au-dessus du Grand-Bornand.


Retour aux Confins : la boucle est bouclée
Du refuge, il ne me reste plus qu'une petite heure de descente jusqu'au parking des Confins. Je repasse sous toutes les combes que j'ai parcourues par le haut deux jours plus tôt : la combe de la Grande Forclaz, la combe de Tardevant, la combe de Paccaly et la combe du Grand Crêt, où j'étais monté jusqu'au Trou de la Mouche.
Je me dis qu'il reste encore tant à explorer dans les Aravis ! Un nouveau terrain de jeu vient de se débloquer : sauvage, alpin, préservé… de la montagne comme je l'aime. J'arrive aux Confins : la boucle est bouclée, et mon aventure se termine. ☺️
Bilan du jour 3
Cette dernière journée était un peu différente : je n'étais plus seul sur les sentiers. C'est normal, ce secteur est plus accessible en voiture et un peu moins sauvage. Mais les vues restent splendides, et le passage dans les lapiaz vers le refuge de la Pointe Percée était vraiment chouette. Je suis fatigué après ces trois jours bien chargés en dénivelé et ces nuits un peu courtes… je vais être content de retrouver mon lit ce soir !

Mon bilan du Tour de la Pointe Percée
J'ai passé trois jours magnifiques dans les Aravis ! Les deux premiers jours ont été mes préférés : des sentiers escarpés, un itinéraire alpin, et ce sentiment d'être vraiment connecté à la nature. Seul là-haut, face au soleil couchant, j'avais un peu l'impression d'être une bête sauvage… des sensations incroyables. Le dernier jour était plus fréquenté, mais les vues sont restées splendides.
Cette chaîne des Aravis est grandiose mais elle est aussi sauvage, alpine et préservée : de la montagne comme je l'aime. Je reviendrai c'est sûr, il y a encore plein de sommets qui m'ont fait de l'œil, comme la Pointe de Tardevant, la Pointe Percée ou la Tête Pelouse !
Ce que j'ai adoré :
- Les combes sauvages du jour 1, où il faut chercher son chemin et où je n'ai croisé quasiment personne.
- Mes deux bivouacs face au Mont-Blanc, avec des couchers de soleil exceptionnels.
- La faune croisée tous les jours : chamois, bouquetins, marmottes…
- La fierté d'être arrivé au col de la Forclaz, après une montée éprouvante.
- Les crêtes de la Tête du Château, dans la lumière du soir.
👉 Envie d'une autre boucle de 3 jours en Haute-Savoie avec le Mont-Blanc en toile de fond ? Découvrez mon Tour des Fiz et mon Tour des Dents d'Oddaz !

