Perché à 3096 mètres d'altitude, le Buet se dresse fièrement au-dessus du massif du Haut-Giffre, offrant aux randonneurs aguerris un défi de taille et une alternative sauvage à la traditionnelle ascension depuis Vallorcine.
Surnommé le "Mont Blanc des Dames", ce sommet accessible en randonnée attire les amateurs de montagne qui souhaitent se dépasser physiquement et mentalement.
La boucle du Buet depuis Sixt-Fer-à-Cheval est une longue randonnée, technique et fatigante. On évolue dans des paysages extraordinaires et les panoramas sur le massif du Mont Blanc, des Aiguilles Rouges et des Fiz (entres autres) sont grandioses.
Dans cet article, je vous invite à me suivre dans cette course au Buet, une aventure exigeante mais ô combien gratifiante, qui vous donnera toutes les clés pour vous lancer à votre tour à l'assaut de ce géant des Alpes.
Fiche technique de la boucle du Buet
- Type : Boucle
- Départ et arrivée : Sixt-Fer-à-Cheval - Hameau de Salvagny
- Durée : plus ou moins 12h
- Distance : 26 kms
- Dénivelé : + 2300 m
- Difficulté : Difficile - T3
- Carte : IGN TOP 25 Samoëns Haut Giffre
- Période conseillée : De juillet à octobre en fonction des conditions d'enneigement. Bien se renseigner avant de partir.
J'utilise Outdooractive pour planifier et suivre mes itinéraires.
👌N'oubliez pas de randonner en suivant les 7 principes du randonneur responsable.
Informations pratiques pour réaliser la randonnée du Mont Buet depuis Sixt-Fer-à-Cheval

Vue sur le Mont Blanc lors de l'ascension du Mont Buet
Accès et transport pour se rendre à Sixt-Fer-à-Cheval
Transports en commun : Gare SNCF de Cluses, puis bus ligne Y94 (horaires sur le site www.laregionvoustransporte.fr) jusqu'à Sixt. L'été et l'hiver, les Navettes du Giffre permettent de se déplacer facilement dans la vallée du Giffre et de se rendre au départ de la randonnée à Salvagny. Plus d'infos en cliquant ici.
Accès routier : Depuis Cluses, Annemasse ou Genève, suivre la direction de Taninges et Samoëns. Ensuite continuer vers le village de Sixt-Fer-à-Cheval. Au village, traverser le Giffre par le pont en prenant à droite en direction de Salvagny. Le départ de la rando se situe au parking de la Feulatière de Salvagny. C'est le parking pour accéder au refuge de Grenairon et des Fonts.
Parking conseillé : Parking de la Feulatière à Salvagny.
Réglementation dans la réserve naturelle de Sixt-Fer-à-Cheval / Passy

- Les chiens, même tenus en laisse, sont interdits
- Il est interdit de cueillir et de prélever des plantes, des minéraux et des fossiles
- Les déchets doivent être ramassés
- Les feux ne sont pas autorisés
- Le bivouac est toléré de 19h à 9h, mais il est interdit de poser sa tente en dehors de ces horaires ou sur plusieurs jours.
- Les véhicules à moteur ne sont pas autorisés.
- Il est interdit de réaliser des survols à moins de 300m du sol
Est-ce la voie la plus facile pour gravir le Mont Buet ?
L'itinéraire que je propose est long et exigeant. Il nécessite une très bonne condition physique et une connaissance de la montagne. De plus, des sections de crêtes peuvent être impressionnantes et vertigineuses pour les moins téméraires. Ce n'est pas une randonnée à prendre à la légère.
Pour atteindre le sommet du Buet un peu plus facilement (le Buet n'est jamais facile), vous pouvez partir de la gare du Buet à Vallorcine, depuis l'autre versant. La randonnée reste longue mais le dénivelé est un peu plus faible (1800m) et le terrain est moins technique, moins abrupt et moins vertigineux. Il y a possibilité de couper la randonnée en deux en dormant au refuge de la Pierre à Bérard.
Même si ce n'est pas l'objet de cet article, je vous mets l'itinéraire classique depuis Vallorcine (village du Buet) juste ici :
Pourquoi le Mont Buet est surnommé le "Mont Blanc des Dames" ?
Le surnom "Mont Blanc des Dames" attribué au Buet cache une histoire fascinante, souvent méconnue, qui remonte à l'été 1786. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce surnom n'est pas lié à une quelconque facilité d'ascension pour les femmes, mais à un exploit remarquable qui mérite d'être célébré.
En août 1786, alors que l'attention du monde alpin était focalisée sur la première ascension du Mont Blanc par Jacques Balmat et le docteur Michel Paccard, un autre événement significatif se déroulait sur les pentes du Mont Buet. Trois jeunes anglaises, Jane, Mary et Elizabeth Parminter, accomplissaient un exploit qui allait marquer l'histoire de l'alpinisme féminin.

Mary Parminter, première femme au dessus de 3000m
Ces trois intrépides, originaires du Devonshire, sont devenues les premières femmes à atteindre un sommet de plus de 3000 mètres dans les Alpes. Accompagnées de guides locaux, elles ont bravé les difficultés du terrain et les préjugés de leur époque pour atteindre le sommet du Buet, culminant à 3096 mètres.
L'exploit des Parminter (sœurs et cousines) est d'autant plus remarquable qu'il s'est déroulé à une époque où l'alpinisme était considéré comme une activité exclusivement masculine. Leur ascension a ouvert la voie à de nombreuses autres femmes alpinistes et a contribué à remettre en question les idées reçues sur les capacités physiques des femmes en montagne.
Aujourd'hui, le surnom "Mont Blanc des Dames" rappelle non seulement cet exploit historique, mais symbolise aussi l'ouverture progressive de la haute montagne aux femmes. Il témoigne de la détermination et du courage de ces pionnières qui ont osé défier les conventions de leur temps.
Récit de ma randonnée au Mont Buet en boucle par Sixt-Fer-à-Cheval
J'ai la chance d'habiter dans la région et de pouvoir arpenter les sentiers du Haut-Giffre assez facilement. J'ai d'ailleurs écrit des articles sur le magnifique Tour du Haut-Giffre (en 5 jours) et sur la randonnée du Bout du Monde au Cirque du Fer à Cheval.
C'est donc un coin que je connais très bien, mais c'est la première fois que je me lance à l'assaut du Buet et de ses 3096m d'altitude. Un sacré défi que je compte réaliser à la journée, en partant léger.
Il est bien entendu possible de parcourir cette randonnée en plusieurs jours, en dormant au refuge de Grenairon ou en bivouaquant sur les nombreux spots présents le long du sentier.
L'appel du Géant
6h du matin, parking de Salvagny. L'air frais me fouette le visage tandis que je vérifie une dernière fois mon sac. Le panneau annonce "Mont Buet 7h50". Un frisson d'excitation me parcourt l'échine. Ce défi, je l'ai longtemps rêvé, et aujourd'hui, je m'y attaque en solitaire. J'ai conscience que ça sera dur mais je ne sais pas encore à quel point…
Montée vers le refuge du Grenairon
Le chemin attaque "dré dans l'pentu" comme on dit ici ! Au bout de 5 mins, j'ai déjà chaud et je suis déjà essoufflé. J'enlève une couche et je repars. Après ce petit échauffement, je sens que mon corps réagit mieux et j'arrive à monter à un rythme soutenu sans trop de problème.
Le sentier forestier est agréable et la pente est régulière. A mi-chemin, il faut franchir le torrent "Nant-Sec" pour continuer à monter. Bientôt, la forêt laisse place à des blocs de roches calcaires de plus en plus nombreux. C'est vraiment une belle section !



De l'autre côté de la vallée, les falaises de la montagne de Criou se parent de couleurs roses et oranges grâce au lever du soleil, magique… Juste avant le refuge, j'aperçois pour la première fois le Buet, l'objectif du jour, qui me paraît encore tellement loin ! La vue s'étend sur toute la Vallée du Giffre, la muraille des Fiz et le haut du sommet du Mont Blanc.
Après deux heures d'effort, le refuge de Grenairon m'accueille. Une pause s'impose. Je recharge mes batteries et mes gourdes, conscient que le plus dur est encore à venir.



De Grenairon au Plan du Buet : entrée dans un univers minéral
Le sentier m'immerge rapidement dans un chaos de blocs calcaires. Les marques rouges deviennent mes guides dans ce labyrinthe de pierres. L'ambiance change, je sens que je quitte petit à petit la moyenne montagne pour entrer dans un environnement plus hostile et brut. Les derniers espaces d'herbes constituent un lieu de bivouac parfait vers 2400m d'altitude pour ceux qui veulent couper l'ascension en deux.






La sente étroite oscille entre le versant Nord et Sud des Frêtes du Grenier qu'il faut traverser dans toute sa longueur. On peut admirer les pentes abrutes du Cirque des Fonts dominé par le Buet. Sur la gauche, on observe le Tenneverge (2989m) et le Grand Mont Ruan (3057m) qui règnent sur le Cirque du Fer à Cheval.
Le passage de la Cathédrale me donne un avant-goût des défis à venir : aérien, il réclame toute mon attention.



Ensuite, un faux plat descendant sous les falaises du Grenier de Commune me conduit jusqu'au Plan du Buet. En chemin, on passe par un petit lapiaz et un lac d'altitude. J'en profite pour faire une pause et faire le plein d'eau avant d'attaquer la montée finale.
J'apprécie ce court répit même si le vent froid me rappelle l'altitude gagnée jusqu'à présent.
Au Plan du Buet, le décor est lunaire et totalement minimaliste. Seules des lignes haute tension font tâches dans ce No man's land. Elle passent le col de Génévrier pour redescendre vers le barrage d'Emosson de l'autre côté de la frontière franco-suisse.




Ascension du Buet par l'arête Nord
Au Plan du Buet, il faut suivre l'indication "Mont Buet" vers la droite. Le sentier s'élève dans les ébouillis de schiste. La pente est sévère et l'effort est brutal. La fatigue commence à se manifester après plus de 1500m de dénivelé positif dans les jambes. De plus, l'altitude se fait sentir : mon cœur s'emballe et ma respiration se fait courte. Heureusement que mon sac à dos est tout léger !
Arrivé au col des Èves, le paysage est grandiose ! Les Aiguilles Rouges me séparent des Glaciers du massif du Mont-Blanc. À droite, la course continue en suivant la crète de la montagne des Èves puis en remontant la redoutable mais esthétique arête Nord du Buet.

Ici, le sentier est vertical et la randonnée devient alpine. Des câbles permettent de nous sécuriser car la chute est interdite. Mentalement exigeante, cette arête ne plaisante pas et mes nerfs sont mis à rude épreuve. Je vous la déconseille si vous êtes sensibles au vertige. Cet escalier de roches est redoutable mais c'est ce que je suis venu chercher après tout, et je m'amuse à le grimper. J'arrive tant bien que mal à utiliser mes dernières forces pour me hisser en haut et aller jusqu'au bout, jusqu'au Buet !
👌Conseil : Accrochez vos bâtons de marche à votre sac à dos pour passer les passages techniques. Ainsi, vos deux mains seront disponibles pour vous sécuriser.




Le sommet du Mont Buet (3096m)
Enfin, après un dernier effort, le sommet ! À 3096 mètres, le monde s'ouvre sous mes yeux. La fatigue s'évapore face à ce spectacle époustouflant. Je n'ai rencontré quasiment personne de la matinée mais il y a du monde au sommet.
Je savoure mon sandwich, mes yeux ne sachant où se poser tant la vue à 360° est saisissante. Les nuages sont aussi de la partie et masquent les Aiguilles du massif du Mont Blanc. J'aperçois tout de même tous les sommets mythiques et leurs glaciers entre deux éclaircies.
Je ne reste pas longtemps au sommet car je sais qu'une longue descente m'attend.




Du Mont Buet au refuge des Fonts
Je passe la station radio du Buet où des emplacements de bivouac sont présents. Puis, je m'engage sur l'arête de la Mortine vers le Grenier de Villy en suivant les marques bleues. Le sentier, exigeant et technique, réclame toute mon attention. La fatigue commence à me peser sérieusement et j'ai hâte d'en avoir fini avec ces toboggans et escaliers abrupts. Heureusement, les passages les plus délicats sont équipés de câbles pour ne pas finir tout en bas de la pente.
Je croise des bouquetins, leur aisance sur ces pentes me laisse admiratif et un brin envieux. Les lames de schiste rendent le sol traître, chaque pas est calculé. La beauté sauvage du paysage me pousse en avant.






Enfin, le vert réapparaît sous le Grenier de Villy. La descente reste bien raide, mes quadriceps souffrent à chaque pas mais j'avance plus vite ! Pas un humain à l'horizon. Le sentier enroule sous le col des Chaux pour traverser des petits cours d'eau puis redescend à travers la végétation luxuriante du Cirque des Fonts. Les parois sombres et lugubres du Cirque sont impressionnantes.




Lorsque je rejoins le sentier bien balisé qui mène au refuge des Fonts, le chemin devient beaucoup plus roulant et me facilite la tâche. Mes pieds me remercient!
Du refuge des Fonts à Salvagny
Au refuge des Fonts, une dernière pause, un dernier ravitaillement, et c'est reparti pour l'ultime tronçon. La piste de 4x4 forestière est un soulagement pour mes jambes éprouvées. Une heure plus tard, je boucle la boucle au parking de Salvagny. Je suis très fatigué mais plutôt fier de ma journée en montagne ! Au total j'ai mis 10h avec les pauses pour parcourir cet itinéraire.


En bref, une randonnée de haut vol éprouvante et mémorable
Cette randonnée restera gravée dans ma mémoire. Exigeante, tant physiquement que mentalement, elle m'a offert des paysages à couper le souffle. Lunaires, sauvages, grandioses… les mots peinent à décrire la beauté brute de ces lieux.
C'est une expérience qui demande une bonne condition physique et un pied sûr. Ne vous lancez pas là-dedans si vous n'avez pas d'expérience en montagne.
Mais pour ceux qui osent relever le défi, la course du Buet en boucle depuis Sixt offre une aventure alpine inoubliable, un face-à-face avec la nature dans toute sa splendeur et son exigence.
👌Conseil : Privilégiez la fin de la saison estivale pour être sur de ne plus avoir de neige en altitude ! Sinon renseignez-vous auprès des offices de tourisme et des refuges de montagne.

