L'hiver transforme la montagne en un royaume de silence et de beauté pure. La neige redessine les paysages, adoucit les reliefs et crée cette atmosphère féerique qu'on ne retrouve à aucune autre saison. C'est le moment idéal pour chausser les raquettes et partir en trek, vivre l'aventure autrement, loin de l'agitation des stations de ski ou de la randonnée estivale.
Pourquoi partir en trek en hiver ?
L'hiver métamorphose complètement les paysages. Ils n'ont plus rien à voir avec ceux de l'été : ce que vous avez parcouru en baskets quelques mois plus tôt devient un univers totalement différent sous son manteau blanc. La neige redessine les reliefs, efface les repères habituels et crée une beauté brute et sauvage qu'on ne soupçonne pas en été. Et aussi, les sentiers deviennent déserts. Là où vous croisiez des dizaines de randonneurs en juillet, vous avez maintenant la montagne pour vous tout seul. Cette solitude, ce silence absolu, c'est l'un des plus beaux cadeaux de l'hiver.
Côté pratique, l'hiver impose évidemment quelques adaptations. Les journées sont plus courtes et la progression en raquettes est plus lente qu'en randonnée estivale. Votre vitesse varie aussi beaucoup selon les conditions de neige : s'il vient de tomber 50 cm de poudreuse sans trace, vous avancerez bien plus lentement que sur de la neige damée ou tracée par d'autres randonneurs. Les températures peuvent être rigoureuses, surtout la nuit et en altitude. Il faut donc partir bien équipé : un bon sac de couchage et un bon matelas adapté au froid, des vêtements en couches pour gérer les variations thermiques, et bien sûr une hardshell (veste imper-respirante) pour se protéger de la neige, de la pluie et du vent.
La période idéale ? Le meilleur compromis entre enneigement suffisant et météo favorable se situe en février et début mars. Si vous partez plus tôt, les jours seront plus courts et les conditions potentiellement plus froides (mais c'est largement possible selon la météo). Si vous partez plus tard, la neige peut commencer à manquer. Bien entendu, la météo hivernale reste capricieuse : il peut faire beau et doux une semaine, puis très mauvais et glacial la suivante. C'est le jeu de la montagne en hiver.
En hiver, la sécurité avant tout
Les treks hivernaux demandent plus de vigilance et de préparation que la randonnée estivale. Voici les principes de prudence essentiels à respecter :
En période hivernale, faites abstraction de la notion de GR et soyez attentifs aux conditions de neige. Les sentiers balisés l'été disparaissent complètement sous la neige. Il faut savoir s'orienter et adapter son itinéraire aux conditions réelles.
N'oubliez jamais votre matériel de sécurité : pelle, sonde et DVA (Détecteur de Victimes d'Avalanche). Ce triptyque peut sauver des vies. Même sur des itinéraires "classiques", le risque d'avalanche zéro n'existe pas en montagne en hiver.
Consultez systématiquement le bulletin nivologique et météo avant votre départ et chaque matin pendant le trek. Les conditions peuvent évoluer rapidement.
Renseignez-vous auprès des gardiens de refuges ou offices de tourisme sur les conditions actuelles, l'état des passages délicats et les secteurs à éviter. Leur connaissance du terrain est précieuse.
Mémorisez le numéro d'appel du secours en montagne : 112 en précisant que vous êtes inaccessible aux véhicules terrestres.
Comment j'ai sélectionné ces itinéraires de randonnée itinérante hivernale ?
Pour cet article, j'ai volontairement choisi des treks courts qui se font à pied ou en raquettes selon les tombés de neige. J'ai même opté pour un itinéraire en bord de mer… Pas de ski de randonnée donc : ces itinéraires sont accessibles à tous les randonneurs réguliers, même sans compétences techniques particulières en ski.
Pourquoi cette durée courte ? Parce qu'en hiver, avoir une fenêtre météo favorable sur 3-5 jours est bien plus réaliste que sur 15 jours. Vous maximisez ainsi vos chances de profiter pleinement de votre aventure sans être bloqué par les intempéries.
J'ai également privilégié des itinéraires offrant des possibilités d'hébergement en dur : refuges gardés, gîtes ou cabanes non gardées. Si vous ne vous sentez pas de bivouaquer en tente par -15°C (et on vous comprend !), ces options permettent de profiter de l'aventure hivernale tout en retrouvant chaleur et confort le soir venu.
Un mot sur le bivouac hivernal
Le bivouac hivernal fait rêver, mais il ne s'improvise absolument pas. Bivouaquer en conditions hivernales demande un équipement spécifique et une expérience solide du milieu montagnard en hiver. Un matériel de bivouac classique ne suffit pas : les températures peuvent descendre très bas en altitude, les réchauds à gaz cessent souvent de fonctionner en dessous de -10°C, et en cas de problème, il faut savoir réagir vite pour rester en sécurité.
Quelques questions à se poser avant de partir en autonomie complète : savez-vous comment protéger votre tente du vent ? Comment préparer le sol enneigé pour planter la tente ? Quel type de sardines utiliser dans la neige ? Comment ancrer solidement votre abri ? Avez-vous une pelle à neige dans le sac ? Savez-vous utiliser le matériel de sécurité ?
Si vous n'avez pas les réponses à ces questions, mieux vaut partir avec une personne expérimentée ou privilégier les hébergements en dur. La plupart des itinéraires de cet article proposent justement cette alternative plus accessible.
La sélection couvre différentes régions et ambiances : des grands espaces sauvages du Jura et du Vercors aux paysages alpins de la Clarée, en passant par la douceur des Vosges et l'originalité d'une traversée des Calanques au frais et au calme. Cinq façons différentes de vivre l'hiver en itinérance. Si l'enneigement est insuffisant sur certains itinéraires, les raquettes deviennent optionnelles et vous randonnez simplement à pied.
Voici donc ma sélection des plus beaux treks à parcourir en hiver :
1 - La Grande Traversée du Jura (GTJ) en raquettes
- Durée : 7-10 jours (modulable selon vos étapes)
- Distance : 115 km
- Dénivelé positif : 3 100 m
- Niveau : Accessible - idéal pour débuter l'itinérance hivernale
- Lieu de départ : Métabief (Doubs)
- Lieu d'arrivée : Giron (Ain)

La Grande Traversée du Jura en raquettes est sans doute l'un des plus beaux itinéraires hivernaux de France, et surtout l'un des plus accessibles pour débuter l'itinérance en hiver. C'est l'un des rares treks spécifiquement balisé pour les raquettes, avec une signalétique dédiée qui vous guide d'un bout à l'autre du massif sans vous compliquer la vie. La GTJ raquette s'inscrit dans une famille de 3 itinéraires hivernaux : le ski de fond (180 km) et le ski de randonnée nordique sont également balisés en hiver.
Le tracé relie Métabief à Giron sur 115 km à travers le Parc Naturel Régional du Haut-Jura. Dès les premières foulées, vous plongez dans une ambiance de Grand Nord : forêts de sapins, vastes combes blanches à perte de vue, crêtes offrant des panoramas sur les Alpes par temps clair.
Les temps forts du parcours :
- Les forêts de sapins enneigés de la Haute Chaîne.
- Les panoramas depuis les crêtes avec vue sur les Alpes
- La traversée des combes ouvertes évoquant la Scandinavie
- Les villages de caractère avec leurs gîtes d'étapes et leurs spécialités jurassiennes.
En bref, la GTJ offre un relief doux, un balisage rassurant, des hébergements rapprochés. Elle est idéale pour se lancer dans l'itinérance hivernale. L'enneigement varie selon les années, mais quand les conditions sont réunies on se croirait dans les grands espaces du Canada !
Vous trouverez le topoguide en cliquant ici.
👉 Lire aussi : Comment bien choisir ses raquettes à neige ? Guide complet
2 - La traversée des Hauts Plateaux du Vercors en raquettes
- Durée : 4-6 jours
- Distance : environ 50 km
- Dénivelé positif : environ 1500 m
- Niveau : Expérimenté - pour randonneurs autonomes (non balisé en hiver)
- Lieu de départ : Corrençon-en-Vercors
- Lieu d'arrivée : Chatillon-en-Diois

La Grande Traversée du Vercors vous plonge au cœur de la Réserve Naturelle des Hauts-Plateaux, l'un des plus vastes espaces sauvages de France. Pas de route, pas de village, pas d'hébergements gardés. Juste l'immensité blanche et le silence absolu.
Contrairement à la GTJ, cet itinéraire n'est pas balisé en hiver. Les sentiers disparaissent sous la neige et l'orientation devient plus compliquée. GPS, cartes IGN (3236OT et 3237OT) et expérience de la navigation hivernale sont indispensables. C'est un trek pour randonneurs aguerris quand la neige est présente.
Le parcours traverse la prairie de Darbounouse (célèbre "trou à froid" où les températures descendent à -30°C), le Canyon des Erges, les plateaux face au Grand Veymont (2 341 m) et l'iconique Mont Aiguille.
Plusieurs cabanes non gardées jalonnent le parcours : abri de Carette, refuge de la Jasse du Play, cabane de Chaumailloux et refuge de Pré Peyret. Ces refuges gratuits offrent un abri basique avec parfois un poêle à bois.
Les temps forts du parcours :
- La traversée de la prairie de Darbounouse aux paysages scandinaves
- Les vues sur le Mont Aiguille
- Le silence absolu des plateaux
- Les nuits authentiques en cabanes non gardées
En bref, la Traversée du Vercors est réservée aux randonneurs expérimentés : orientation dans la neige, autonomie complète, conditions parfois difficiles. Le brouillard peut piéger, les températures descendent très bas la nuit. Mais c'est une expérience unique d'immersion dans l'un des plus beaux déserts d'altitude d'Europe.
Vous trouverez le topoguide en cliquant ici.
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3 - Boucle de la Vallée de la Clarée en raquettes
- Durée : 3-4 jours
- Distance : environ 30 km
- Dénivelé positif : environ 1200 m
- Niveau : Intermédiaire - idéal pour l'itinérance de refuge en refuge
- Lieu de départ et d'arrivée : Névache (Hautes-Alpes)

@pierro_rando_photos
La Vallée de la Clarée est un véritable joyau des Hautes-Alpes, parfait pour une première expérience d'itinérance hivernale en raquettes. Nichée entre le massif des Cerces et le mont Thabor (un 3000m accessible en randonnée en été) cette vallée préservée offre des paysages alpins spectaculaires sans la foule des stations de ski voisines.
L'itinéraire classique relie plusieurs refuges gardés en hiver, ce qui permet de profiter du confort d'un toit et d'un bon repas chaud chaque soir. Cette boucle traverse d'un versant à l'autre de la vallée, alternant entre forêts de mélèzes enneigés, alpages immaculés et panoramas grandioses sur les sommets du massif des Cerces.
L'ambiance y est particulièrement alpine avec les cimes rocheuses qui semblent déchirer le ciel. Les sentiers d'été disparaissent sous la neige, mais les traces laissées par les autres randonneurs facilitent généralement la progression. Un GPS et une carte restent indispensables pour s'orienter.
Les temps forts du parcours :
- Les vues époustouflantes sur le massif des Cerces
- La traversée du vallon du Chardonnet au pied des cimes
- L'atmosphère authentique des refuges gardés en hiver
- Les forêts de mélèzes enneigées qui donnent un charme fou à cette vallée
En bref, la Vallée de la Clarée en raquettes offre un excellent compromis entre accessibilité et dépaysement. Les refuges gardés permettent de voyager léger, et les paysages alpins sont à couper le souffle. L'enneigement est généralement bon de janvier à mars.
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4 - Les Hautes-Vosges de cabane en cabane
- Durée : 3 jours
- Distance : 40 km
- Dénivelé positif : 1700 m
- Niveau : Expérimenté - nuits en cabanes non gardées ou en bivouac par températures froides
- Lieu de départ : Wesserling
- Lieu d'arrivée : Bitschwiller-lès-Thann

Les Hautes-Vosges offrent une ambiance hivernale bien différente des Alpes, avec leurs forêts de sapins, leurs chaumes (prairies d'altitude) et leurs cabanes ouvertes aux randonneurs. Cet itinéraire traverse la vallée de la Thur et la vallée de la Doller, deux vallées sauvages qui révèlent toute leur beauté sous la neige.
Le parcours enchaîne deux nuits en cabanes non gardées : la cabane de la Petite Chaume et l'abri du Stahlberg. La première journée est la plus exigeante avec la montée vers le col des Perches et le lac des Perches, mais les paysages récompensent largement l'effort.
L'itinéraire passe par des lieux emblématiques comme la Haute Bers avec son panorama spectaculaire, la Forêt des Volcans de Wegscheid et ses cheminées volcaniques, et le Fuchsfelsen, l'un des plus beaux belvédères du massif.
Depuis Mulhouse ou Strasbourg, ce mini-trek est accessible en train.
Les temps forts du parcours :
- Les deux nuits en cabanes non gardées avec poêle à bois
- Le lac des Perches et la Haute Bers pour leurs panoramas
- Le Fuchsfelsen et sa vue sur la vallée
- La Forêt des Volcans de Wegscheid, biotope unique
Attention : les nuits sont froides en hiver (voire très froides). Prévoir son équipement en conséquence. Il n'y a pas nécessairement de neige en hiver mais il faut se renseigner avant de partir.
En bref, les Hautes-Vosges en hiver offrent une aventure authentique. Les cabanes permettent de découvrir l'itinérance sans se ruiner, et l'ambiance forestière contraste agréablement avec la haute montagne alpine.
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5 - GR98-51 Traversée des Calanques en hiver
- Durée : 2-3 jours
- Distance : environ 30 km
- Dénivelé positif : environ 1500 m
- Niveau : Intermédiaire - quelques passages techniques
- Lieu de départ : Marseille
- Lieu d'arrivée : Cassis ou La Ciotat

La Traversée des Calanques de Marseille à Cassis est un trek original qui change complètement des ambiances alpines. Ici, pas de neige ni de grand froid, mais des falaises calcaires plongeant dans la Méditerranée, un maquis odorant et une luminosité exceptionnelle même en plein hiver.
L'hiver est une très bonne saison pour parcourir le GR 98-51 qui traverse le Parc National des Calanques (en évitant le Mistral si possible 😉). Les températures restent douces (rarement en dessous de 5°C), les sentiers retrouvent leur calme après l'affluence estivale et le parc est accessible sans restriction (l'accès est réglementé l'été pour limiter les risques d'incendie).
Le parcours enchaîne des paysages spectaculaires : les calanques de Marseilleveyre, Sormiou, Morgiou, Sugiton, En-Vau et Port-Pin. Les sentiers alternent entre passages en falaise, pierriers et sentiers côtiers. Attention, certains passages techniques peuvent être intimidants pour ceux qui ont le vertige.
Les temps forts du parcours :
- La calanque d'En-Vau et son décor de carte postale
- Les villages de Callelongue et Cassis pour l'ambiance méditerranéenne
- L'accessibilité en train et bus depuis Marseille
En bref, la Traversée des Calanques offre un dépaysement total avec son ambiance entre mer et montagne. Les températures clémentes de l'hiver permettent de randonner dans d'excellentes conditions, loin de la foule estivale. Attention toutefois : le bivouac est strictement interdit dans le parc, il faut donc prévoir des hébergements.
Vous trouverez le topoguide en cliquant ici.
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