Malgré une bonne préparation et une connaissance du terrain, une avalanche peut se déclencher. Savoir réagir rapidement fait toute la différence entre la vie et la mort.
Dans cet article, je vous explique les gestes essentiels à connaître pour maximiser vos chances de survie si vous êtes pris, et pour secourir efficacement vos compagnons de rando si vous êtes témoin d'un ensevelissement.
Pour choisir correctement votre matériel de sécurité (DVA, Pelle, Sonde) je vous invite à lire cet article : Comment choisir son matériel de ski de randonnée ? Guide complet, où une partie est consacrée au matériel de sécurité.
1 - Pourquoi les 15 premières minutes sont déterminantes
Les statistiques sont claires : pendant les 15 premières minutes suivant un ensevelissement, environ 90% des victimes sont encore en vie. Au-delà, les chances de survie diminuent rapidement pour tomber à environ 30% entre 15 et 35 minutes, puis à moins de 10% au-delà de 35 minutes.

Crédits : ANENA
Les secours professionnels arrivent généralement entre 20 et 45 minutes après l'alerte. Ce sont donc vos compagnons sur place qui peuvent faire la différence. C'est pour cette raison qu'il est essentiel de s'entraîner régulièrement à la recherche au DVA (Détecteur de Victime d'Avalanches). En situation de stress, seuls les gestes répétés fonctionnent automatiquement. La théorie ne suffit pas.
2 - Si vous êtes pris dans l'avalanche
Les premières secondes déterminent aussi vos chances de survie. Voici les actions à enchaîner rapidement pour maximiser vos chances de vous en sortir.
Pendant que l'avalanche vous emporte
Dans les premières secondes, plusieurs actions peuvent augmenter vos chances :
- Déclencher votre airbag (si vous en avez un) : Faites-le immédiatement sans réfléchir.
- Crier "AVALANCHE !" : pour alerter vos compagnons.
- Tenter de fuir latéralement : Si vous êtes encore sur vos skis, essayez de sortir de la coulée.
- Se débarrasser des bâtons : Lâchez-les immédiatement. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on ne recommande pas de mettre ses dragonnes en hors-piste : vous devez pouvoir vous en séparer rapidement.
- Une fois emporté, faites des mouvements de brasse pour tenter de rester en surface, comme si vous nagiez. Agrippez-vous aux obstacles (arbres, rochers) si vous en croisez. Protégez votre visage en ramenant vos mains devant votre bouche et votre nez.

Sac Airbag Arva
Juste avant l'arrêt de l'avalanche
Quand vous sentez que l'avalanche ralentit, créez une poche d'air devant votre visage en repliant vos bras pour avoir de l'espace pour respirer.
Une fois immobilisé, ne criez pas. Cela consomme de l'oxygène inutilement et vos cris ne seront probablement pas entendus à travers la neige compacte.
Essayez de bouger légèrement vos extrémités (doigts, orteils) pour créer un peu d'espace autour de vous.
Restez aussi calme que possible : moins vous paniquez, moins vous consommez d'oxygène.
Chaque centimètre gagné vers la surface peut faire la différence entre la vie et la mort.
3 - Si vous êtes témoin - Organiser le sauvetage
Vous avez environ 15 minutes pour sauver une vie. Chaque action doit être rapide et organisée. Voici le protocole étape par étape.
Les premières minutes - Observer et s'organiser
La première chose à faire est de s'arrêter et d'observer.
Repérez le point de disparition, c'est-à-dire l'endroit où vous avez vu la personne pour la dernière fois. Marquez ce point avec un objet visible (bâton, vêtement, ski). Ce repère sera le point de départ de la recherche.
Vérifiez rapidement qu'il n'y a pas de risque de sur-avalanche. Si la situation semble dangereuse, désignez quelqu'un pour surveiller la pente pendant que les autres cherchent.
Comptez le nombre de victimes potentielles : combien de personnes ont été emportées ?
Si vous avez du réseau, une personne appelle immédiatement les secours au 112 (numéro d'urgence européen) pendant que les autres commencent la recherche. Si vous n'avez pas de réseau, ne perdez pas de temps à en chercher : le sauvetage des camarades sur place est prioritaire. Vous appellerez les secours plus tard.
Désignez un leader pour coordonner les actions. Tout le monde passe son DVA en mode recherche, sauf la personne qui surveille la pente ou qui téléphone.

Crédits : Mammut
La recherche DVA en 4 étapes
La recherche DVA se déroule en 4 phases distinctes, de la plus large à la plus précise. Chaque phase a son rythme et sa technique.
Étape 1 : Recherche de signal (balayage large)
Parcourez le cône d'avalanche en zigzag rapide, comme si vous tondiez une pelouse. Tenez votre DVA devant vous, immobile, sans le tourner. Ne regardez pas l'écran : concentrez-vous sur votre environnement. Y a-t-il des objets visibles (ski, bâton, gant, vêtement) ? Entendez-vous des appels à l'aide ?
Dès que votre DVA capte un signal, il émet un bip fort et continu. Une flèche directionnelle et une distance apparaissent à l'écran. Vous pouvez maintenant passer à la phase suivante.
Étape 2 : Recherche approximative (approche)
Suivez la flèche directionnelle affichée sur votre DVA. Vérifiez que la distance diminue réellement : si elle augmente, c'est que vous allez dans le mauvais sens, faites demi-tour.
Avancez rapidement tant que la distance affichée est importante. Ralentissez considérablement à 10 mètres affichés. À 5 mètres, descendez lentement vers la surface de la neige avec votre DVA. À 3 mètres, vous devez être à genoux, le DVA directement au contact de la neige.
Étape 3 : Recherche fine (au sol)
Mettez-vous à genoux sur la neige. Déplacez le DVA très lentement, directement sur la surface de la neige, à environ 30 centimètres par seconde. Ne tournez plus l'appareil.
Cherchez le premier axe : avancez dans une direction jusqu'à trouver la plus petite distance affichée. Dépassez ce point pour être certain que c'est bien le minimum (la distance doit remonter trois fois de suite). Marquez ce point avec un objet (gant, bonnet).
Revenez au point marqué et cherchez le deuxième axe perpendiculaire au premier. Refaites la même opération à 90° du premier axe. Le croisement des deux axes indique le point d'ensevelissement présumé.

Crédits : Ortovox
Étape 4 : Sondage (localisation précise)
Sortez votre sonde d'avalanche et assemblez-la rapidement. Sondez en damier autour du point présumé, en enfonçant la sonde tous les 30 centimètres environ (la longueur d'une chaussure). Enfoncez la sonde verticalement, à 90° par rapport à la surface.
Quand vous sentez une résistance élastique et souple, c'est que vous avez touché un corps humain (Une roche sera dure et claquante, le sol sera collant). Laissez la sonde en place : elle indique la profondeur exacte d'ensevelissement grâce à sa graduation et guidera le pelletage.

Crédits : Ortovox
Le pelletage : creuser efficacement
Le pelletage prend généralement le plus de temps, c'est la partie la plus longue du sauvetage. C'est ici que l'organisation et la technique font gagner de précieuses minutes.
Commencez à creuser en aval de la sonde, à une distance égale à environ 1,5 fois la profondeur d'ensevelissement. Par exemple : si la sonde indique 2 mètres de profondeur, commencez à creuser à 3 mètres en aval.
L'objectif est de créer une rampe pour accéder à la victime par le côté, pas de creuser un puits vertical au-dessus d'elle. En effet, sinon le sauvetage sera plus long et plus laborieux.

Stratégies selon le nombre de pelleteurs
Seul : Creusez une rampe en remontant vers la victime.
À deux : Creusez en parallèle côte à côte pour élargir la rampe.
À trois ou plus : Adoptez la formation en V. Deux personnes creusent devant en parallèle, une ou deux personnes derrière dégagent la neige. Permutez les positions toutes les 60 secondes pour éviter l'épuisement.
Quand vous approchez de la victime (le dernier segment coloré de la sonde devient visible), ralentissez et travaillez plus prudemment.
Enfin, quand vous voyez la victime, utilisez vos mains pour dégager le visage afin de ne pas blesser la personne avec la pelle.

Crédits : Ortovox
4 - Les premiers secours après le dégagement
Une fois la tête dégagée, voici ce qu'il faut faire immédiatement.
Vérifier la respiration
Enlevez rapidement la neige présente dans la bouche de la victime. Tournez-la sur le dos si possible. Penchez-vous au-dessus d'elle, l'oreille près de son nez et une main sur son ventre.
Pendant 10 secondes, observez attentivement :
- 👂 Écoutez les bruits respiratoires
- 👀 Regardez si la poitrine se soulève
- ✋ Sentez l'air expiré sur votre joue
Si vous observez au moins deux respirations régulières pendant ces 10 secondes, la victime respire. Si vous n'observez pas deux respirations régulières, il faudra commencer la réanimation.
⚠️ Attention : Si la victime présente un saignement important, celui-ci doit être arrêté immédiatement en priorité avant tout autre geste, par compression directe de la plaie.
Position Latérale de Sécurité (si la victime respire)
Si la victime respire, placez-la en Position Latérale de Sécurité (PLS) pour éviter qu'elle ne s'étouffe avec du sang, du vomi ou de l'eau. Étalez d'abord un sac de bivouac ou une couverture de survie au sol pour pouvoir rouler la personne directement dessus.
Enveloppez la victime dans le sac de bivouac et ajoutez-y tous les vêtements disponibles. Vérifiez régulièrement sa respiration jusqu'à l'arrivée des secours.
Réanimation (si la victime ne respire pas)
Si vous n'observez pas au moins deux respirations régulières en 10 secondes, commencez immédiatement la réanimation. Si vous êtes seul et que les secours n'ont pas encore été alertés, passez d'abord l'appel d'urgence avant de commencer.
Le massage cardiaque :
Pour le massage cardiaque, agenouillez-vous à hauteur de poitrine. Placez la paume d'une main sur le centre de la cage thoracique. Posez l'autre main par-dessus et croisez les doigts. Les bras sont tendus. Utilisez votre poids pour enfoncer le thorax de 5 à 6 centimètres. La pression doit être forte et rapide, au rythme de 100 compressions par minute (presque deux fois par seconde). Relâchez complètement la poitrine après chaque compression.
Les insufflations :
Après 30 compressions, insufflez de l'air deux fois. Pincez le nez d'une main, placez l'autre sur le menton et inclinez la tête vers l'arrière. Inspirez normalement, placez vos lèvres autour de la bouche de la victime et expirez normalement.
Continuez le rythme 30/2 (30 compressions pour 2 insufflations) jusqu'à l'arrivée des secours.
Maintenir la victime au chaud
Une victime d'avalanche se refroidit très rapidement une fois sortie de la neige. Que la personne soit consciente ou non, tant qu'elle respire, elle doit être réchauffée et protégée du froid le plus vite possible : vêtements, bonnet, gants.
Vous pouvez créer un lit avec les sac à dos pour mettre la victime dessus et l'isoler du froid du sol.
Assistance psychologique : Parlez à la victime, rassurez-la, expliquez-lui ce que vous faites. Votre présence et votre soutien psychologique comptent énormément pour quelqu'un qui vient de vivre une telle expérience.

Crédits : Ortovox
5 - Alerter les secours efficacement
Si vous avez du réseau, un membre du groupe a normalement déjà appelé les secours au début de la recherche. Si ce n'est pas le cas, voici comment passer un appel d'urgence efficace.
La règle des 5 questions
Pour que les secours interviennent rapidement et avec les moyens adaptés, vous devez donner cinq informations essentielles :
Quoi : Une avalanche avec ensevelissement
Où : Les coordonnées GPS précises du lieu de l'accident, à lire lentement et distinctement.
Combien : Le nombre de personnes ensevelies.
Qui : Vos coordonnées pour que les secours puissent vous rappeler si besoin
Quand : L'heure à laquelle l'accident s'est produit
Le numéro d'urgence européen est le 112. Il fonctionne partout en Europe et vous met en relation avec un centre qui transmettra votre appel aux services appropriés.
Vous ne savez pas comment trouver vos coordonnées GPS sur votre téléphone ? Prenez quelques minutes chez vous pour vous familiariser avec cette fonction. Vous pouvez utiliser l'application : Mes coordonnées GPS, dispo sur android et iOs
Que faire sans réseau ?
Si votre téléphone n'affiche aucune réception, éteignez-le. L'option "Appel d'urgence" apparaîtra généralement avant l'arrêt ou au redémarrage. Ce mode permet au téléphone de se connecter au réseau disponible le plus puissant sans code PIN.
Si aucun téléphone du groupe ne capte, essayez de vous déplacer vers un point plus haut. Si vous êtes plusieurs, une personne reste avec la victime pendant qu'une autre part chercher du réseau, après avoir noté les coordonnées GPS précises de l'accident.
En dernier recours, si vous êtes vraiment isolé sans aucune possibilité de communication, vous pouvez utiliser le signal de détresse alpin :
- Alerte : 6 signaux visuels ou sonores par minute (avec une lampe, un sifflet, des cris)
- Suivis d'1 minute de pause
- Puis recommencez
- Réponse attendue : 3 signaux par minute
💡 Rappel important : Si vous n'avez pas de réseau, ne perdez pas de temps à en chercher au détriment du sauvetage. Les premières 15 minutes sont déterminantes. Sauvez d'abord votre compagnon, vous appellerez les secours ensuite.
6 - L'importance de l'entraînement et des formations
La théorie ne suffit pas. En situation de stress, vous oublierez sans doute tout ce que vous avez lu. Seuls les gestes répétés ressortiront automatiquement.
S'entraîner à la recherche DVA, c'est comme s'entraîner à faire du vélo : au début c'est maladroit, puis avec la pratique ça devient fluide et naturel. Vous devez pouvoir effectuer une recherche complète les yeux fermés.
Où se former ?
Le CAF et la FFCAM proposent des sorties encadrées avec des modules de formation DVA pour environ 80 euros par an. Les guides de montagne organisent des stages week-end spécialisés pour 150 à 400 euros. L'ANENA offre également des formations au top et pas chères.
À quoi se former et s'entraîner exactement ?
- La nivologie
- Comprendre les risques d'avalanche
- La recherche DVA complète, du balayage initial jusqu'à la recherche fine
- Le sondage précis et méthodique
- Le pelletage efficace avec changements de position réguliers
- La gestion de groupe et la communication claire sous pression
💡 Idéalement, entraînez-vous au moins une fois par saison, voire plus si vous sortez régulièrement.

Crédits : ANENA
Pour conclure : comment réagir en cas d'avalanche ?
Savoir réagir en cas d'avalanche repose sur trois piliers : avoir le matériel adapté (DVA, pelle, sonde), s'être entraîné régulièrement pour que les gestes deviennent automatiques, et agir vite pendant les 15 premières minutes qui font toute la différence.
Mais gardez toujours en tête que la meilleure stratégie reste d'éviter l'avalanche. Une bonne préparation et des décisions prudentes sur le terrain vous éviteront de vous retrouver dans cette situation.
Vous savez maintenant comment se déclenche une avalanche, comment préparer votre sortie en sécurité, et comment réagir si malgré tout l'accident se produit. Vous avez toutes les clés pour profiter de la montagne hivernale sereinement. Mais n'oubliez pas de vous former ! 😉
Pour aller plus loin
Se former :
- ANENA - Formations avalanche et secourisme
- CAF/FFCAM - Sorties encadrées et modules DVA (~80€/an)
- Bureaux des guides de montagne
Matériel :
- Budget DVA + Pelle + Sonde : 300-550€
- Location possible pour tester : 15-25€/jour
Articles connexes :

